L’optimisme lucide : une clé pour 2026 ?

Au Hub des possibles, nous vous invitons , en 2026 à ouvrir les yeux sur tout ce qui émerge. Sur tout ce qui nourrit le dialogue, la démocratie, l’État de droit, l’économie régénérative et l’innovation au service du bien commun. Nous vous invitons à accorder plus d’attention à votre sphère d’influence et à avancer pas à pas, dans le concret, vers la construction du monde de demain. Car même si ceux qui sont dans la violence, le mépris de l'autre et la prédation occupent beaucoup le devant de la scène, ils n'ont pas le monopole des imaginaires et de l'action.

En ce début d’année, un sentiment d’impuissance peut nous gagner.

En Suisse, les événements tragiques de Crans-Montana nous confrontent à l’indicible : la mort arbitraire de quarante jeunes vies. Sur la scène internationale, l’enlèvement de Nicolas Maduro au Venezuela rappelle brutalement à quel point les relations internationales restent souvent gouvernées par la loi du plus fort, l’avidité du dollar et du pétrole. Aux États-Unis enfin, la convergence entre le populisme nationaliste des MAGA et les empires technologiques — qui entendent gérer l’État comme une entreprise — fragilise l’État de droit et menace la démocratie.

Aujourd’hui le droit international, la solidarité et le respect du vivant semblent souvent inaudibles dans les sphères du pouvoir, les discours publics et les médias.

Les risques d’une lucidité sans horizon

Mais si nous nous arrêtons à ce seul constat, la lucidité peut devenir un piège. Elle peut nourrir l’anxiété et la paralysie, la peur et le déni, ou encore une colère qui pousse à l’action — certes — mais pas toujours à la plus juste ni à la plus efficace.

L’optimisme lucide

C’est ici qu’intervient l’optimisme lucide. Par optimisme, au Hub des possibles, nous n’entendons ni la naïveté ni le déni, mais une posture exigeante et engagée. Cette posture invite notamment à :

  • Se souvenir que ce qui manque aujourd’hui n’est pas l’information — nous en sommes saturés — mais des visions d’avenir capables de rouvrir le champ du possible.
  • Reconnaître que l’avenir n’est pas écrit. Toute projection du futur est une fiction. La question devient alors : quelle fiction voulons-nous soutenir ? Quel cap souhaitons-nous donner à notre engagement collectif ?
  • Admettre que l’avenir dépend de nos choix, individuels et collectifs. L’avenir se construit. Cela implique de cultiver le courage de l’engagement, même lorsque nous ne sommes qu’une minorité à défendre un futur différent. Mais à cet égard, il y a une bonne nouvelle : même si vous faites partie d’une minorité, vous n’êtes pas seul, ni impuissants …. car le changement a toujours commencé par une minorité.
  • Choisir de porter notre attention sur les signaux faibles du changement, ici et maintenant. Car ce à quoi nous prêtons attention existe, se renforce et se diffuse.

Comment agir concrètement ?

Agir, c’est d’abord construire une vision — individuelle et collective — de là où nous voulons aller. C’est ensuite montrer que des solutions existent déjà. C’est enfin avancer pas à pas pour les faire grandir, les soutenir et nous mobiliser autour d’elles. Et c’est aussi célébrer nos réussites — pas seulement analyser nos échecs.

Prenons un exemple.

Dans le podcast « 2040, j’y vais ! », que j’anime pour le Hub des possibles, j’ai rencontré Bruno Rossignol, responsable de la restauration et de l’alimentation à l’EPFL.

L’EPFL, ce sont plus de 6’500 repas servis chaque jour, dans 34 restaurants. À son arrivée, Bruno Rossignol reçoit un défi clair : respecter d’ici 2030 les accords de Paris, et donc tendre vers une alimentation zéro carbone. Il s’y attelle sans grandes déclarations, mais avec rigueur, méthode et détermination.

Il commence par écouter les premiers concernés : les étudiant·e·s. Contrairement aux idées reçues, beaucoup expriment leur lassitude face à une alimentation grasse, ultra-transformée, trop salée ou sucrée — énergétiquement trompeuse et peu propice à la concentration. Puis, en mobilisant les laboratoires de l’EPFL, il met en place des poubelles intelligentes afin d’analyser précisément le gaspillage alimentaire. Enfin, près de 7’000 produits sont monitorés : provenance, mode de production, emballage, grammage des ingrédients, composition des menus d’une trentaine de restaurants.

L’étude révèle aussi ce qui influence les choix alimentaires : remplacer le mot « végétarien » par des descriptions plus appétissantes, ou ajuster le prix des plats carnés, modifie significativement les comportements. Ces données permettent de fixer un cap clair : consommer local et de saison, réduire la viande, diminuer le gaspillage.

Les résultats sont sans équivoque. En 2025, l’EPFL propose 60 % de menus végétariens ; 100 % des aliments sont locaux et de saison, y compris dans les distributeurs automatiques. L’objectif pour 2030 est de passer de 6,2 kg à 2,5 kg d’équivalent CO₂ par kilo de nourriture.

Cet exemple démontre que le changement, même à grande échelle est possible. Et peut être désirable, s’il emprunte les bons chemins.

Ce à quoi nous donnons notre attention grandit

Au Hub des possibles, nous vous invitons donc, en 2026, à ouvrir les yeux sur tout ce qui émerge. Sur tout ce qui nourrit le dialogue, la démocratie, l’État de droit, l’économie régénérative et l’innovation au service du bien commun. Nous vous invitons à accorder plus d’attention à votre sphère d’influence et à avancer pas à pas, dans le concret, vers la construction du monde de demain. Et même si celui d’hier, basé sur la violence et l’extraction– voire la prédation – occupe beaucoup d’espace, il est aussi un appel à  devenir plus puissants dans le fait de faire autrement.

En Suisse romande, des projets, des entreprises et des mouvements existent déjà. Ils nous permettent de cultiver la joie et de renforcer notre pouvoir d’agir — même dans un contexte difficile. Alors prenons-en soin ! Et prenons soins les uns des autres !

Chantal Peyer
Co-fondatrice du Hub des possibles
Animatrice du podcast « 2040, j’y vais ! »

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Comment gouverner les entreprises aujourd’hui? Les structures hiérarchiques et rigides semblent de moins en moins répondre aux exigences des jeunes talents et à l’agilité que demande notre époque instable. Alors qu’est-ce que la gouvernance partagée? Constitue-t-elle une alternative? Dans cet épisode du podcast « 2040 j’y vais! », vous êtes invité-e-s à l’intérieur de l’entreprise Qoqa, qui est passée en gouvernance partagée. Et vous rencontrerez également Ludovic Gaudard, de la fabrique de l’agilité.